Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 00:17

     J’aimerais faire une histoire, l’écrire. J’aimerais avoir une histoire à raconter. Ce serait un ensemble d’anecdotes sûrement où il y aurait moi qui pense derrière, qui pense à ça. Tu ne penses qu’à ça. Il y aurait une bande originale qui donnerait des coups de semonces, des éclats et tirerait à chacun son sanglot et son soupir.

      Mon texte serait exposé en bribes explosées sur facebook, sur twitter, sur les forums où les gens se demandent ce que c’est que ça. L’un serait sourd à tout et surtout à moi, l’autre dingue de l’aventure du chat me prendrait en affection et lirait la suite avant de s’abonner. Ils seraient trois au total, l’autre ce serait ma mère, celle pour quoi je suis descendu des cieux pour trouver les langes, la seule qui m’autorise à déchoir quand elle imagine d’où je viens.

      Sans cesse, je parlerais de la même chose mais un objet me fera pardonner. Il y aura une chaise dans un pub lorrain et la femme qui lui tourne le dos. Un piano poussiéreux mais numérique dominé par des percussions africaines qui crachent entre deux ménages le sable de leurs origines. Des livres qui, pressés, récupèrent leur virginité offrant le flan à l’œillade et la tranche à la caresse.

     Ce serait l’univers des chronophages et j’apprendrais à compter, mesurer, déduire, réduire à ma taille, à la lettre. Un mot pour que je puisse voyager, me sortir de là. Une histoire pour qu’on se parle d’autre chose.

Par Eventail De soi
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Jeudi 9 décembre 2010 4 09 /12 /Déc /2010 23:32

 

     Pour vous, cher lecteur, je l’ai fait. Chaleureusement aidé par ceux que je m’en vais critiquer, j’ai endossé ma cape et ajusté mon chapeau pointu et, le premier samedi après sa sortie, pour la somme lacrymale d’environ 14 euros, salle Imax et tout le tintouin, je suis allé voir HP7 (Harry Potter pour ceux que cette acronyme orienterait vers la section 7 de l’hôpital psychiatrique).

Bien sûr, cela valait le coup de pouffer de rire dans les scènes romantiques et de voir Kevin et Kevina se gausser de notre troupe de jeunes adultes à la sortie de la salle, tant notre mignonne fantaisie les renvoyait à leur désolant conformisme statutaire. Cependant, chers compagnons, ce film est bien à la hauteur de leurs rires gras chevalins. Vous aimâtes ce film ! Vous l’avez trouvé ténébreux et inquiétant, plus adulte, avec une ambition de se positionner dans la catégorie des fils d’auteurs ! Vous pensez que le film repose sur l’interprétation de Daniel Radcliff et consorts ! Oh mon dieu, vous êtes d’accord avec le Figaro !

     Je me demande, chers adultes, ce qui dans vos cœurs pardonnent aux tristes performances de Twilight, Narnia et Harry Potter (j’en excepte peut-être le premier opus). Je veux bien que l’usage de stéréotypes incombe aux genres mais là, sérieusement, je préfère filer un Oscar à Buffy. Au moins le générique avait la patate et je pouvais débrancher mon cerveau pour pas un rond. Si, dans le dernier Potter, on approche du moins de 12 ans, c’est aussi pour le déconseiller au plus de 14.

     potter.jpg Harry Potter est un adolescent mais peut-être celui dont rêve ceux qui sont encore enfants. Ce n’est donc pas un prolongement de la tempétueuse adolescence que portent nos adultes armés de baguettes et de clémence mais plutôt une offrande malvoyante à l’enfant plus loin et plus avant.

Par Eventail De soi
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Mardi 7 décembre 2010 2 07 /12 /Déc /2010 23:24

     Connaissez-vous ? Oui, c’est cet étrange outil mis à la disposition des consommateurs d’Amazon, entre la bibliothèque idéale, l’inventaire et le portrait psychologique, qui permet à chacun de faire la liste des ouvrages qu’il recommande. Et bien, les prix littéraires, c’est un peu la même chose. Tous les ans, ils dressent « the » liste, sous-divisée en divers jurys et sous-catégories, ils placardent la bibliographie officielle de l’année littéraire, sorte de guide Michelin du livre. Est-ce utile ? Pour les lauréats certainement pour leur portefeuille, pour nous, disons que c’est un genre de Meetic littéraire où sans trop vous écarter de vos lubies, vous pouvez faire des écarts et des rencontres.

     Parmi les survivants de cette guerre des goûts, Sukkwan Island de David Vann (Gallmeister), prix Médicis étranger (entre autres). Bien loin des grandes surfaces qui font le sukkwan.jpg bonheur de Houellebecq, un père dépressif propose à son fils de treize ans de passer une année de vérité et de sens isolés sur une île d’Alaska. Le fils accepte, à contrecœur, mais ne souhaitant pas abandonner son cavaleur de paternel au fond du ruisseau.

     Face à la nature où « les choses sont crûment ce qu’elles sont », trouve-t-on autre chose que ce qu’on y amène ? Dans les pauses de l’effort qu’impose la nature pour vivre en son sein, qu’observe-t-on ?  Le père cherche une sortie vers autre chose parce que ce n’est pas ça la vie. La nature va lui offrir une cruelle réponse dans son absence de volonté.

     Entrer dans un livre de Nature Writing, choisir de se perdre dans les grandeurs sauvages nord-américaines, c’est partager cette tentation de l’épreuve et de l’isolement, d’un dépaysement face à une force brute qui vous dévisage, enfin. Loin des cowboys, on retrouve le combat et l’évasion. Vous oublierez que vous avez choisit ce livre sur une liste, vous oublierez que je vous l’ai conseillé, vous vous l’approprierez oubliant les vingt boules qu’il vous à coûté, lancez-vous.

 

 

Retrouvez cet article dans le numéro de novembre de L'analphabète.

 

Par Eventail De soi - Publié dans : LIVRES
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Mercredi 20 octobre 2010 3 20 /10 /Oct /2010 02:00

 

     Hier soir, une femme a craché sur mon pied. C’était une dure derrière un litre d’alcool. Elle a attrapé des hommes pour les mâcher avec le dédain d’une dompteuse de lion s’adressant à des chiens. Moi, je n’étais pas l’un d’eux mais témoin.


Cette femme avait un ami qui me voyant outré m’apostropha :


« Tu te dis quoi ? J’y vais ? Mais quoi parler, lui prendre la bouche, lui faire la leçon, la tirer… la leçon. Non, t’es un mec gentil, toi, ça se voit. »


Il m’a tapé l’épaule et s’est avancé sur la piste pour danser sans plus se préoccuper que du rythme, yeux clos, bras souples, sourire aux lèvres.


     Deux jours plus tard, le silence s’est fait autour de moi puis à lentement contourné ma peau pour assiéger les espaces où logent mes cris et mes pleurs. Tous se tinrent cois, saisis, retournés d’un même mouvement dans ma poitrine. Le silence. L’absence des échos du monde, leur rejet. J’étais aux bords du vomissement mais qu’aurais-je fais sortir de ces cavités dépressurisées. De fait, si je desserre mon étreinte, je serais moi-même avalé, ingurgité, retourné, aspiré dans leurs absences.


     J’ai de mes combats avec le vide un derme rosé, sensible, antithèse de la haine, que mes amis et les curieux appellent : gentillesse. Plus ma couleur tend vers le rouge, plus la flamme à laquelle je me brûle est forte, plus mon corps exhale de douceur. L’effort de grâce du danseur : personne, même lui, ne sait où est sa vérité, dans la grâce finale et apparente de son geste, où dans la tension brûlante de ses fibres et de sa concentration.


     Mais que demande le danseur à son spectateur ? Il voudrait communier. Ainsi, dans sa posture, à l’extrême, dans le silence ou dans le hurlement des non-dits. Témoins sur la crête de l’existence, basculants, peu sûr que la perfection de leurs mouvements à chacun ne fasse pas choir les deux. L’un persuadé que l’autre est un crétin et qu’il l’aimera s’il le lui demande. Toute une parade nuptiale qui masque l’amitié, littéralement, qui lui pose des visages, des sexes et des exigences. Des paroles qui corrompent les odeurs, effacent les indices et amènent que l’on se prend à pleines mains, que le tendre parme saisi se gorge de sang et s’exténue dans un instant de violence et d’amour.


Un instant seulement puis le silence se fait.


      Nous trouvons le même être aspiré, inspiré, qu’auparavant, mais réduit par l’étreinte, laissé plus petit. Doux, gentil, mais la surface disparue l'a rapproché de ses craintes silencieuses et sa peau rougeoie d’une chaleur étrange, moins rassurante. Il s’adresse aux amis qui ne poseront jamais la main sur lui et qui ne pourront jamais l’aider. Il ne peut s’empêcher de leur en vouloir un peu de ne pas le couvrir plus pour mieux le laisser.

 

Reims, le 20 Octobre 2010.

 

Par Eventail De soi
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Mardi 28 septembre 2010 2 28 /09 /Sep /2010 00:22

 

Beagle

Peter S. Beagle, Le rhinocéros qui citait Nietzsche, Gallimard, Folio-SF, 2002.


     Avec tout ça, j’ai envie qu’on me raconte une histoire. Pas besoin de vous expliquer ce qui m’incite à crier « Au refuge ! », je vois bien que vous trouverez une bonne raison pour vous-même. C’est ainsi que je me suis planté dubitatif devant les rayons SF et fantaisie de ma bibliothèque de quartier. J’avais des goûts de lecteurs en vacance. Enfin, il faut dire que les dragons et autres objets typiques de ces littératures ne m’inspirent pas grand-chose. Si bien que j’ai cherché l’exotisme dans le titre sans pour autant perdre la trace du genre humain.

      Et voilà donc un auteur qui avait trouvé la formule pour me parler. Bien que, je l’avoue, ayant croisé le fer avec Dantec pendant le mois d’août, une référence philosophique me soufflait le chaud comme le froid. Je me disais : « merde, j’ai pas révisé la philosophie médiévale et la théorie des cordes, je vais encore capter que la moitié » (si je vous dis que le livre de Dantec que j’ai traversé de bout en bout est « Cosmos Inc. », vous vous saurez qu’ici je me flatte). Mais j’ai eu bonne pioche, je suis tombé sur ce recueil de nouvelles en tout point merveilleux. Un rhinocéros qui parle philosophie, une licorne, un loup-garou…

     C’est le moment où vous me dîtes : « Come on man, grow up ! ». C’est là que comme moi vous vous ferez avoir car les hommes et femmes décrient sous la plume de Beagle sont d’une incroyable épaisseur. Ce qui vous saisit le plus dans le décalage du réel, c’est l’humanité des personnages. En fait, je pense que c’est bien là, le secret d’un livre d’imaginaire et de jeux avec le réel. Les meilleurs sont ceux dont les personnages vous parlent à l’oreille. Ne croyez pas que je ne m’aperçois pas de l’extrême banalité de mes propos. Cependant, rappelez-vous les termes qui vous avaient fait bondir : loup-garou, licorne, chat étrange ; et  songez que moi, croqueur de béton, cynique informé par gavage, je me suis retrouvé à caresser le pelage de chimères et qu’autour de moi il y avait Emilia, Farell et un rhinocéros.

     Une écriture onctueuse, drôle et personnelle dans des schémas connus mais renouvelés, un sentiment de bonheur dans une traduction réussie, le précédent auteur américain m’ayant caressé dans ce sens là fut, je crois, Hawthorne dans « La lettre écarlate ». Une évasion réussie, une brassée de beauté.

 

 

 

 

 

 

 


Par Eventail De soi - Publié dans : LIVRES
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Bonsoir

     


      Comment diable pouvez-vous avoir échoué sur ce blog ? Aurais-je, dans une soirée, eu un  dérapage égotiste et  mentionné : « oui… J’écris un blog… Il reste encore du rhum…» ? Ou sont-ce quelques robots pris d’égalitarite qui ont aiguillés vôtre recherche sur ma page ?


Enfin maintenant vous êtes là : Bienvenue, herzlich wilkommen, wagayade, welcome…

 

      Ce blog est un blog, je pense utile de préciser sa parfaite inutilité objective, et son incroyable appétit de subjectivité. Il me sert de lieu où disperser quelques pensées et j’espère pourra être un espace d’échange et de discussion. Je me laisse la liberté de la ligne éditoriale : il y sera sans doute beaucoup question de questions, de livres, de ce que j’aurais glané dans les marées de l’information et des signes, de je ne sais quels objets de ma libido.

Pour résumer, c’est une correspondance à ciel ouvert, une élégie du temps libre et de l’écrit, un témoignage dans la foule des témoins, une trace de frein sur les hauteurs marquant le temps d'un coup d'oeil sur le paysage du pilote dans sa course folle. Une perte de temps ? Oui, avec joie.

 

Bien à vous.

 

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